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Les vieux quartiers Audierne
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LES VIEUX
QUARTIERS D’AUDIERNE |
Par Amédée GUIARD,
Alain BOSSER, Paul CORNEC
Photos : J. Evenat

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Depuis quelques années,
les promeneurs ont pu découvrir aux quatre coins de notre
commune des panneaux de belle facture, frappés aux armes
de la ville, indiquant les noms de quartiers qui fleurent bon le
vieil Audierne : Kerbuzulic, Koz Fornig, Roz Kriben… Cette
initiative va bien au-delà d’une simple mise en place
de poteaux indicateurs supplémentaires : il s’agit
avant tout ici d’une volonté affirmée de conserver
un élément de notre patrimoine qui pourrait disparaître
si nous n’y prenions garde. L’Audiernais contemporain
sait-il encore situer sur notre cadastre Pennanguer, Le Poul ou
Roz Ar Voalez ? |

Panneau de kergadec
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Plaque de la rue Danton
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Ces noms inventés par nos
aïeux ont peu à peu sombré dans l’oubli
et d’autres pourraient suivre ! Avec l’extension de
la ville qui a bientôt grignoté la totalité
de notre modeste territoire, les écarts du bourg primitif,
dont les noms affirmaient jadis la spécificité ou
l’appartenance, sont aujourd’hui englobés dans
le tissu urbain, lotis et découpés en rues, impasses
ou venelles dûment numérotées. Rares sont désormais
aujourd’hui les courriers que nous recevons simplement adressés
à La Montagne, Kervreac’h ou Le Castel ! La mémoire
orale peut donc s’étioler lentement au fil des générations
: ces nouveaux panneaux aideront chacun à situer nos vieux
quartiers et en fixeront la mémoire. |
Nous nous proposons ici de prolonger cette initiative
sur le terrain en évoquant ces toponymes, dont la liste a été
arrêtée à vingt trois. Ces noms, généralement
en breton, désignent souvent une particularité géographique
ou topographique du lieu. Si la signification de certains est évidente
pour le bretonnant, d’autres sont plus obscures et plusieurs interprétations
peuvent être proposées, sans qu’aucune certitude ne
puisse être acquise sur le sens originel de l’appellation.
Nous avons tenté de nous en approcher avec la
collaboration de Monsieur Bernard TANGUY, professeur
au Centre de Recherche Bretonne et Celtique de l’Université
de Bretagne Occidentale et spécialiste de la toponymie bretonne.
Qu’il soit ici remercié d’avoir spontanément
accepté d’apporter le secours de son savoir aux amateurs
que nous sommes. |
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MENEZ BIHAN |
C’est «la petite montagne », par
opposition au Menez Braz, la grande montagne, située à quelques
centaines de mètres à l’ouest sur le territoire d’Esquibien.
Ce nom reflète logiquement la situation élevée du
lieu, point culminant des hauteurs qui cernent Audierne. Cette notion
de montagne devait être plus sensible encore autrefois, lorsque
la route royale Audierne-Pont-Croix empruntait cet axe : arrivés
au sommet de Menez Bihan après une dure escalade, les piétons
ou les attelages pouvaient souffler en admirant le port à leurs
pieds. A noter que la prononciation locale «bihen » diverge
de l’orthographe académique «bihan ».
Cette appellation de Menez Bihan daterait de la Révolution, s’il
faut en croire Jean Perrot, ancien maire d’Esquibien, qui écrit
à propos de Menez Braz : « Il y a aussi lieu de noter qu’après
la vente des biens, le mur d’enceinte large de 2 mètres et
les belles écuries furent démantelées ; les pierres
de taille servirent à construire un petit manoir situé à
2, 5 Km environ à l’Est. Dès lors, pour les différencier,
on appela l’un Menez-Braz et l’autre Menez-Bihan ». |
ROZ AR PREFED |
La colline du préfet : l’explication
retenue par la mémoire locale, la seule que nous ayons trouvée,
remonte à l’époque révolutionnaire. Dumanoir,
premier maire d’Audierne déjà évoqué
dans ces colonnes, possédait ici une propriété et
y reçu un jour la visite du préfet. A cette époque
de misère, la réception d’une telle personnalité
dut marquer la population et cet événement passa ainsi à
la postérité.
Dumanoir était alors la plus grosse fortune d’Audierne.
Cela ne l’empêchera pas, en décembre 1790, de s’estimer
trop taxé et de demander un dégrèvement qui retombera
sur d’autres bourgeois d’Audierne. Ceux-ci, n’ayant
pas «l’âme endurante », dénoncèrent
alors Dumanoir. Ainsi nous sont connus les revenus de ce rentier
: «
Le sieur Dumanoir jouit, en rente, du chef de son épouse, au
moins de 1500 à 1800 livres, sans y comprendre une terre, près
de cette ville, qu’il ne donnerait pas avec les bois qui y sont,
pour une somme de 20 000 livres. Quel est le riche négociant
prétendu
de cette ville qui puisse se promettre une si belle fortune ? Il
n’en
est aucun qui puisse même en approcher… ».
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KERBUZULIG |
Ce toponyme est manifestement issu du breton «puzul
», qui signifie pourri, décomposé, suivi du suffixe
diminutif –ig, sans que l’on sache exactement à quoi
s’applique ici cette notion de décomposition.
Cette racine n’est pas sans évoquer «ar buzulier »,
qui était autrefois celui qui ramassait les bouses de vaches, que
l’on mettait ensuite à sécher pour alimenter le feu
l’hiver, ou qui servaient aussi d’engrais naturel. Kerbuzulig
signifierait alors le village où il y a de la bouse, de la boue
grasse, connotation renforcée ici par la présence de l‘eau
sous la forme d’une fontaine, d’un lavoir et du ruisseau qui
se jette plus bas dans le Stiri. La ferme de ce lieu et ses abords devaient
avoir autrefois mauvaise réputation : on ne devait pas en ressortir
avec ses boutou-coat bien propres ! Mais ceci remonte à bien longtemps,
le préfixe Ker- n’apparaissant en Bretagne qu’à
partir du 11e siècle, après le départ des envahisseurs
normands… |
LA HAIE |
Parmi les différentes
hypothèses avancées pour ce nom français,
nous avons retenu l’explication par le mot breton «ar
cae », la haie, le retranchement, la levée de terre.
Le mot s’appliquait aussi anciennement à un bois
enclos, constituant une réserve seigneuriale.
Il est donc vraisemblable que ce quartier tire tout simplement
son nom actuel de son équivalent breton, du fait de la
présence ancienne d’une particularité topographique
–naturelle ou artificielle- ou végétale en
ces lieux. |

La Haie
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STUM |
Le quartier du Stum - mot breton
signifiant méandre – construit dans une boucle
du Goyen, porte bien son nom et son appellation n’est
pas sujette à caution !
De plus, il faut imaginer cet écart de la ville il y
a deux siècles, avant que ne s’y établissent
successivement la nouvelle route Audierne-Pont-Croix qui va
remplacer l’ancienne route royale, puis encore l’usine
à soude de l’Ecluse en 1879, la voie ferrée
du petit train «youtar » en 1894, sa gare et ses
installations, etc… Avant ces remblaiements successifs,
le quartier du Stum se nichait donc réellement à
flanc de colline, le flot des grandes marées venant lécher
le pied de la falaise. On ne pouvait donc accéder à
cette anse que par le chemin des douaniers depuis la rue Coste-Cleden,
sauf à escalader les hauteurs du Roz Kriben. |

Salle omni-sports |

Piste de skate
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Guezno, Mathieu Claude, l’ancien
conventionnel, avait une propriété au Stum. En
novembre 1812, il demandait au Conseil l’autorisation
d’y inclure une venelle au tracé «rapide
et difficile » qui passait au pignon de son jardin vers
la montagne. En compensation, il offrait d’établir
à ses frais «une chaussée en petits cailloux,
qui rétablirait la communication du Stum avec la montagne
du Roz et qui offrirait le long de la grève un passage
d’autant plus utile qu’elle ne peut actuellement
la fréquenter de haute mer ». Nous sommes toujours
sous l’Empire et le régicide n’est pas encore
proscrit : Mathieu Claude aura satisfaction. |
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KERISTUM |
C’est le village sur le méandre.
Cet écart de la ville est exactement dans le
creux de la boucle du Goyen.Le quartier a bien sûr
donné son nom au château de Keristum,
actuelle propriété de la ville du Mans,
qui fait pendant au château de Locquéran
campé sur la rive gauche de la ria. Construit
en 1877 par Emile de l’Ecluse -Locquéran était
la propriété de son frère Amédée – cette
demeure majestueuse témoigne de la prospérité de
cette ancienne famille audiernaise dont le nom apparaît
régulièrement dans les archives de la
ville. |
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Amédée fut maire d’Audierne
durant 27 années et son frère lui succéda
dans cette charge au tournant du siècle. Leur
usine voisine, où s’opérait la transformation
des pains de soude obtenus dans les fours à goémon
des rivages capistes, fonctionnera à partir de
1879 pour ne s’arrêter qu’en 1954.
Les anciens gardent encore le souvenir le l’usine
Couic, du nom de son gérant, et du pittoresque
défilé des charrettes descendant du Cap
pour y apporter les fameux pains. |
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KERSUDAL |
A l’instar de nombreux
noms de villages commençant par le préfixe ker-,
Kersudal indique vraisemblablement le nom de la famille qui
habitait la ferme ou le hameau primitif de ce lieu. Kersudal,
c’est donc le village du dénommé Dudal,
forme lénifiée de Tudal.
Ce patronyme, porté par l’un des sept saints fondateurs
de la Bretagne, se décline également sous les
formes Pabu ou Paban. Il est l’éponyme de nombreuses
chapelles de la région dédiées à
ce vieux saint breton : Lanbabu, Lanboban… |
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KERIVOAS |
Comme son voisin limitrophe de Kersudal, le quartier
de Kerivoas tire son appellation d’un nom de famille. Kerivoas,
c’est le village que de nombreuses générations de
Rivoas habitèrent jusqu’à lui donner son nom. Ce
patronyme est lui-même formé de deux substantifs bretons
: ri, roi, et gwaz, serviteur. Quant à savoir pourquoi le Rivoas
1er du nom hérita un jour de cette appellation de «serviteur
du roi », ne nous en demandez tout de même pas trop ! |
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Encore un KER. Nous sommes ici
sur le domaine d’un homme nommé Breac’h, dont
l’aïeul éponyme devait avoir le visage grivelé,
marqué par la variole ou quelque autre tavelure. On sait
en effet que de nombreux patronymes bretons ont fixé pour
l’éternité une particularité physique
d’un ancêtre, particularité souvent disgracieuse,
que ses descendants devront assumer, bon gré mal gré,
même s’ils n’en sont pas eux-mêmes affublés.
Ne désirant vexer personne dans ces colonnes, nous ne citerons
aucun d’exemple… |
Est-ce ce Grêlé
qui dormait de son sommeil éternel sous le tumulus auquel
fait référence Le Carguet : cette sépulture
antique fut découverte à Kervreac’h en avril
1888. Elle se composait d’une chambre formée de trois
pierres disposées en dolmen, au centre d’un tumulus
de 1 mètre de haut sur 5 ou 6 mètres de largeur.
Kervreac’h était autrefois le premier village à
la sortie de la ville sur le chemin d’Audierne à
Esquibien qui empruntait alors cet axe. En ces temps anciens,
le quartier du haut de la rue Double s’appelait encore Pennanguer
et là se situait effectivement la sortie, le bout de l’agglomération.
Ce nom de Pennanguer est aujourd’hui tombé en désuétude,
mais les écrits anciens en ont gardé la trace. |
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STEIR désigne le ruisseau,
que nous trouvons ici sous sa forme plurielle. Le Stiri, c’est
donc les ruisseaux, ces petits affluents qui descendent de Kerivoas
ou de Kerbuzulig pour se jeter dans le cours principal qui serpente
au fond de cette vallée, le Stiri. |
A la Révolution, ce cours
d’eau, aujourd’hui canalisé à l’approche
de la ville, alimentait un lavoir unique mais pouvait aussi se
transformer en torrent impétueux lors des violentes averses,
ainsi qu’en témoigne cette lettre du 27 messidor
an II (15/7/1794) au Directoire de Quimper : « Vous aurez
sûrement déjà été instruits
des dégâts affreux éprouvés par notre
commune par l’orage que nous avons essuyé ici, dans
la nuit du 23 au 24 courant. |
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Les eaux ont été d’une telle force qu’elles
ont emporté en grande partie le seul lavoir de cette commune,
enlevé un pont, unique passage pour les charrettes qui transportent
le bois au fournier, qui fait cuire le pain à la troupe et à
la ville et qui empêche enfin tout transport du reste de la commune
avec la partie dite de la Côte Cléden… ». Anselme
Marzin ajoute que ce pont, sans doute fort modeste, se situait à
l’entrée de notre actuelle rue M. Berthelot.
Aujourd’hui, le Stiri est devenu la route de la Pointe du Raz
en déclassant la vieille route d’Esquibien par Kervreac’h,
et l’expression typiquement audiernaise «monter ou descendre
le Stiri » a oublié la référence aux ruisseaux,
en n’évoquant plus que le dénivelé rapide
des lacets de la rue du 14 juillet.
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ROZ KRIBEN
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Nous nous situons ici au point culminant du «roz », sur
la crête de la colline surplombant le port. Le nom de ce quartier
vient indubitablement du breton «krib », kribenn ayant
le sens de crête, le point sommital de cette hauteur. Faisons
un effort d’imagination pour nous transporter virtuellement
en des temps reculés où cet endroit devait être
un territoire sacré pour nos ancêtres, un lieu de culte
antique rendu aux morts.
En ce lieu encore appelé «Toul-Korriqued » (le
trou des Korrigans) il y a une centaine d’années, se dressait
un imposant tumulus de quelques 20 mètres de diamètre.
Lorsque du Chatelier l’explore
en 1882, l’ensemble, situé à 150 mètres au
Nord du moulin qui domine alors la ville, a encore fière allure.
Le tumulus est déjà arasé, mais l’on peut
toujours admirer, dans la partie Sud, une allée couverte composée
de quatre grands dolmens dont trois des imposantes tables de 2,40 à 3
mètres se dressent
fièrement, soutenues par des pierres verticales de 1,70 mètres
de hauteur.
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Port d'Audierne, vue du Roz
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Dans la partie Nord du tumulus se trouvent deux lignes de maçonnerie,
parallèles à la galerie, soutenant au bout Ouest une
table de 3,10 mètres, et se terminant à l’Est
par un tertre. Un «peulven », c’est-à-dire
un menhir, une pierre levée, qui gît à terre
lors de la visite de du Chatelier, dominait autrefois le site
sacré.
La fonction de nécropole antique du lieu est renforcée
par la découverte, à 100 mètres au Sud Est,
de cercueils de pierre avec ornements et poteries.
Les actuels habitants du «Toul-Korriqued » ont-ils conscience
du caractère sacré de leur quartier ? Leur arrive-t-il
d’apercevoir, par les nuits de pleine lune, les sarabandes
de nains farceurs sous leurs fenêtres ? Sans être
Carnac ni Barnenez, cet ensemble archéologique, s’il
eut été
conservé et mis en valeur, aurait certainement fait la fierté
d’Audierne et le bonheur des passionnés d’histoire
!
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LE KASTELL |
Comme le Roz Kriben que nous venons de
quitter, le quartier du Kastell - où chacun reconnaîtra l’évidente
racine du «castellum » latin : le château- est aussi
un quartier de notre ville chargé d’histoire.
Le port primitif, simple grève d’échouage aux installations
sommaires, se situait autrefois au pied de cette hauteur. L’œil
averti distingue toujours la cale ancienne à l’angle des
rues Ernest Renan et Victor Hugo, à plus de 100 mètres de
l’actuel bassin du port. La situation stratégique du Kastell
apparaît alors clairement, commandant à la fois le port et
les axes de circulation vers Pont-Croix à l’Est et Esquibien
au Sud. S’il devait y avoir une place-forte autrefois à Audierne,
c’était bien ici qu’il fallait l’établir. |

La fontaine du Castel.
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La tradition rapporte en effet qu’en
ces lieux s’élevait le château, sans qu’aucune
preuve archéologique définitive ne vienne nous renseigner
sur son importance et sa disposition. L’église St Raymond
est bâtie, dit-on, dans les anciennes douves du château ;
les imposantes pierres que chacun peut voir dans les murs des propriétés
du quartier seraient aussi des vestiges récupérés
dans les ruines de l’édifice. Un indice sur la réalité
d’une construction ancienne, à caractère seigneurial,
sur ce promontoire, nous est pourtant donnée par le mémoire
écrit à la Révolution par les héritiers des
Seigneurs du Ménez de Kermabon, qui contestaient la qualité
de fondateur de St Raymond à l’évêque de Quimper
: « L’évêque Bertrand de Rosmadec en son temps
(1416-1445) vint démolir un mur que ceux de la maison du Ménez
avaient fait faire aux issues publiques des dites foires et marchés.
Ce mur abattu paraît encore à présent en ruine et
est au mitan d’un enclos possédé par le sieur de Lézurec
qui l’a fait appeler le vieux chastel ».
Cette construction abattue au début du 15e siècle, peut-être
elle-même établie sur un socle antérieur, serait-elle
ce «kastell » dont l’existence est parvenue jusqu’à
nous à travers le nom du quartier ? En tout état de cause,
ce lieu avait manifestement une charge symbolique importante pour la prééminence
de nos anciens seigneurs. |
KERMABON |
La ferme exploitée ici était sans doute
autrefois la propriété du dénommé Mabon :
une fois encore le nom exprime l’appartenance d’un lieu à
une famille, en des temps où la terre se transmettait sur des générations
et où l’homme y était attaché à vie.
Quant au patronyme Mabon, peut-être faut-il le rapprocher du nom
de la divinité gauloise Maponos (Mabon en pays de Galles), l’équivalent
de l ‘Apollon romain ? Le Carguet, qui décidément
arpenta dans tous les sens notre commune à la fin du siècle
dernier, signala la découverte dans un champ de Kermabon en avril
1882, d’un «lec’h » régulièrement
taillé se présentant sous la forme d’un tronc de pyramide
octogonale de 1,40 mètre de hauteur. Ce vestige archéologique,
mis au jour par la charrue des successeurs d’an aotrou Mabon en
ces lieux, n’avait pas de soubassement et était isolé
: est-il toujours à Kermabon ? |
PENN AL LIORZ |
C’est le bout du courtil. Dans nos communes rurales, la mémoire
garde encore – pour
combien de temps ? - la trace de dizaines, voire de centaines d’appellations
par lesquelles le paysan désignait la moindre de ses parcelles.
Ces noms puisaient souvent leur origine dans la forme du champ,
sa nature, sa situation géographique ou la proximité d’un élément
distinctif de l ‘environnement. Penn al liorz, situé autrefois
à la campagne au sortir de la ville, relève de cette toponymie
de carte d’état-major.
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Le lavoir de Penn al Liorz.
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KERGADEG |
| Nous sommes au village
de la famille Cadec, du nom du saint breton Kadeg, éponyme de Pleucadeuc
en Morbihan et fondateur du monastère de Lancarvan au 6e siècle.
Comme dans de nombreux quartiers d’Audierne, l’occupation
ancienne de l’homme a laissé ici aussi des traces : sépultures
en maçonnerie de 1,80 sur 1,20 mètres renfermant des ossements
d’hommes et d’animaux près de poteries rouges, débris
de poteries celtiques et morceaux d’argile cuite avec trace de clayonnage
trouvés près du phare.
C'est ce phare qui est aujourd’hui l’emblème de Kergadec
: élevé pour guider les navires vers l’entrée
du port en se gardant du piège de la Gamelle, il fut d’abord
construit en 1887 en tôles - signe des temps ! La passerelle métallique
des Capucins verra le jour sept années plus tard - puis remonté
en maçonnerie en 1900. Détruit sous l’occupation,
il sera à nouveau reconstruit après la Libération. |

Phare de Kergadec
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TREZKADEG |
Du village de Kergadeg, la pente nous
mène doucement vers la grande plage d’Audierne, à travers
ce qui n’était encore il y a un siècle qu’une
immense dune où paissaient vaches et moutons. Trezkadeg, c’est
donc la plage de Cadec, qui ne faisait qu’un avec le village,
comme le montrent les cartes postales anciennes. Bordée par
le môle de Nemours et le phare du Raoulic à l’Est
et les roches du Pouldu au Sud, l’étendue dunaire de Trezkadeg
n’offrait alors aux regards que son phare solitaire, élevé en
1887 avec les matériaux provenant de l’ancien fanal des
Capucins et des amers érigés sur la dune. Las ! Déclassé,
il a été phagocyté par l’urbanisation du
secteur… |
Tennis de Trezkadeg
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CADILLAC |
Dans la liste de nos quartiers à consonance
bretonne, Cadillac détonne un peu ! Nous sommes en effet ici
en présence du parfait homonyme du Cadillac girondin, mais aussi
d’un hameau de Noyal-Muzillac dans le Morbihan. La commune de
Quedillac, près de St Malo, en est également un proche
parent. Cadillac, où se distingue le suffixe gaulois –acos,
trahit indiscutablement ses origines gallo-romaines. Nous savons que
cette époque est richement représentée sur les
rives du Goyen, tout spécialement par la villa gallo-romaine
de Kervenennec près de Suguensou, dont le pavement de l’hypocauste
orne une des salles de notre musée départemental breton.
Malgré l’absence de vestige visible en ce lieu, Cadillac
a donc une origine très ancienne. |
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| KERIDREUFF |

Port d'Audierne, vue
de Kéridreuff
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Ce quartier, situé sur le plateau
qui surplombe le port, trouve son homonyme dans un village de Landudec,
noté « Kerdidreu » en 1540, et bien sûr à Pont-Croix
près du pont du même nom. Ce toponyme est issu de la racine
bretonne «didreu » signifiant «au-delà de ».
Le sens en est évident à Pont-Croix, où cet écart
de la ville est «au-delà » de la rivière. Pour
notre Keridreuff, village haut perché séparé du
centre par de raides venelles, il faut sans doute retenir ce même
sens de «village au-delà de », en l’occurrence
au-delà de l’à-pic qui l’isole de la ville.
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KERHUON |
Kerhuon est le village de Huon, patronyme
ancien que l’on retrouve notamment au début du XIIIe siècle
dans la chanson de geste «Huon de Bordeaux ».
Ce nom tire-t-il initialement son origine du mot hug, l’intelligence,
l’esprit ? De là à conclure que tous les habitants
de ce village seraient nés sous ce signe, point trop ne faut se
hâter ! |

Calvaire de Kerhuon
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LA GARENNE |

Le patronage
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Ce nom francisé vient du breton «gwaremm
» ou «ar waremm », la lande, l’étendue
inculte, et doit être assimilé au vieux français
varenne. Peut-être était-ce sur cette étendue,
qui jouxte le couvent, que se déroulaient autrefois les
revues militaires que nos archives situent assez vaguement «près
des Capucins d’Audierne » ? |
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KOZ FORNIG |

Villa de Koz Fornig
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Koz Fornig, c’est le petit four délabré,
presque ruiné. Ce n’est donc pas le fournil de la
boulangerie qui se situait voici quelques dizaines d’années
à l’intersection des rues J.J. Rousseau et Condorcet
qui a donné son nom au quartier, car ce four est toujours
debout. Ce nom, inscrit au fronton de la villa du même nom,
fait donc référence à un four plus ancien,
sans doute un four commun comme il en existait dans de nombreux
quartiers et que l’on restaure avec bonheur aujourd’hui,
mais ici disparu. |
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KERVIHAN ou AR GERVIHAN |
« Le petit village » : le Kervihan -
prononcé localement Kervihen- était le premier village,
aujourd’hui partie intégrante de la ville, à la sortie
d’Audierne sur l’axe principal que constituait la route royale
Audierne-Pont-Croix. C’est d’ailleurs ici que la première
gendarmerie viendra stratégiquement s’installer , avant de
déménager quai Anatole France lorsque la route neuve aura
déclassé l’ancienne voie royale.
Ce grand chemin est la route de Quimper à Douarnenez, Pont-Croix
et Audierne. Il fait 32 pieds de largeur jusqu’à Pont-Croix
et 24 pieds de Pont-Croix à Audierne. La corvée est due
sur ce chemin, et «les bourgeois qui y sont astreints ne s’y
soumettent pas de bonne grâce ; la plupart d’entre eux d’ailleurs
font faire leur tâche par des journaliers. En 1787, l’ingénieur
David intime à l’avocat Verron de refaire sa corvée.
Ce corvoyeur a couvert sa tâche de sable et non de terre ».
S’en suivra toute une chicane au sujet de cette corvée mal
exécutée… La tâche d’Audierne avait une
longueur de 732 toises, le milieu se situant à environ 400 toises
du clocher. En 1787 l’ingénieur des Ponts et Chaussées
David rapporte qu’elle est en bon état, satisfecit pour le
sieur Kerillis-Calloch qui en est alors le syndic. |
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LA MONTAGNE |
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Avec La Haie et La Garenne, ce dernier quartier de notre
liste est un des rares toponymes français d’Audierne. Probablement
était-il autrefois nommé «ar Menez », et sans
doute cette proue élevée, terminée par l’éperon
rocheux du Raoulic, apparaissait-il ainsi aux navires cinglant vers l’entrée
du port.
Comme nous l’avons déjà raconté ici, nos archives
font référence dès avant la Révolution à
«la Montagne des Capucins », puis simplement à La Montagne
lors de la prise du pouvoir par Robespierre et les Montagnards : «
Nous nous sommes ensuite rendus à l’endroit appelé
La Montagne et, comme nous désirions trouver un endroit assez élevé
pour rendre tout l’Univers, s’il avait été possible,
spectateur de notre satisfaction, nous avons fait placer, au plus haut,
un feu de joie auquel nous avons…mis le feu, et qui a été
brûlé en notre présence et au bruit des canons de
nos batteries, dont les citoyens, aussi jaloux que nous de participer
à la cérémonie, ont fait un feu très vif et
bien distribué » . Le tout ponctué de «cris
souvent répétés de ’’Vive la République,
Vive la Montagne ! ».
La Montagne sera aussi le lieu
d’implantation de nombreuses conserveries au début
de ce siècle. Les anciens se souviennent de l’usine
désaffectée Trocmée, Larnicol et Gonin : là,
face au grand large, pendant la Grande Guerre, des combattants qui
avaient participé au débarquement de Salonique en
Grèce en octobre 1915 vinrent se refaire une santé.
C’est l’origine de l’appellation de «Salonique
», quartier du quartier de la Montagne ! |

Maison de retraite
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Ici se termine cette revue, hélas trop rapide,
de nos vieux quartiers : elle ne se veut ni définitive ni sans
appel. Toute anecdote, information ou point de vue sur ce thème
seront les bienvenus : n’hésitez pas à nous apporter
votre contribution à la mémoire d’Audierne !
Amédée GUIARD, Alain BOSSER,
Paul CORNEC
Photos : J. Evenat |
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