4e tableau
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De l’époque gauloise, les vestiges d’un
petit village subsistent à St Jean en Plouhinec et en face,
côté Audierne, une pointe sur la rivière porte
toujours le nom gaulois, puis breton, de Beg an Truc : la pointe du
bac, ou du gué. |

La rivière le Goyen
@d 2003
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5e tableau
De l’époque romaine et gallo-romaine,
de nombreux vestiges ont été exhumés dans le Cap-
Sizun, en particulier à Kervenennec en Pont–Croix, à
Sougainsou au bord du Goyen et à Saint Jean sur l’autre rive,
un dispositif quiparaît bien avoir été pensé
:
- Tout d’abord une villa luxueuse à Kervenennec : piscine,
vide-ordures, chauffage par le sol et les murs (hypocauste), plafond peint
bleu-ciel, semé de coquilles de tellines et vernis. De là,
le chef romain pouvait apercevoir la rivière, le chenal et la rade.
- Puis en bas, sur la butte de Sougainsou, un point d’appui défensif
formé de trois rangs de tranchées protégées
de talus et de fossés, encore repérables aujourd’hui.
- Enfin, juste en face, dissimulé derrière un coude de la
rivière, le village de Saint Jean.
Le passage d’une rive à l’autre se faisait sur un radier
de pierres plates –les « truc »- car à l’époque
le niveau de l’eau s’établissait quelques huit mètres
plus bas. Ceci signifie que notre port, qui existait sûrement, ne
faisait tout au plus que la moitié de sa contenance actuelle.
A noter également à Trouguer, à la Pointe du Van,
une villa romaine, la plus grande dit-on de tout l’Ouest, incendiée
au XIII è siècle. En dehors des soubassements des murs il
ne subsiste aucun vestige (Archives de Rennes).
Comme aux époques antérieures, nos ancêtres
vivaient alors, sans aucun doute, de cultures, de chasse et de pêche
: dans le dépotoir de la villa de Kervenennec, on a relevé
10 kg de coquilles d’huîtres, sans compter le reste…
De cette époque, deux vestiges particuliers sont
à noter, bien qu’ils ne soient pas directement situés
sur le port d’Audierne : dans la falaise qui borde la plage des
Trépassés en son extrémité nord, on peut toujours
remarquer le mur de petit appareil d’une cuve à garum. On
peut en voir de semblables en bas des Plomarc’h à Douarnenez.
Là, 29 cuves ont révélé leur secret : des
arêtes de petites sardines de 4 cm et du sel. En quelques semaines
on puisait ici une mixture analogue au Nuoc-Mam que l’on suppose
avoir servi à la consommation des légions de César.
D’où provenait le sel utilisé là en grandes
quantités ? Réponse à Mesperleuc, où l’on
a retrouvé les vestiges d’un four à sel : l’eau
de mer contenue dans des augets d’argile était évaporée
sur un foyer.
Le procédé avait été apporté par les
Grecs à Gibraltar et s’était répandu le long
des côtes. Il reste à expliquer l’origine des petites
sardines. A cette époque le port d’Audierne et les annexes
nichées dans les abris des falaises du Cap ne sont certainement
plus une utopie.

@d 2003
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6e tableau
Au Haut Moyen-age débarquent les Bretons d’
Angleterre : en témoignent encore les « plou » et les
« tre » si nombreux de nos toponymes actuels.
Au XI e siècle, la tempête normande passée, un terme
nouveau se répand en Bretagne : le « Ker » ou «
Kar » venus du Gallois « Kaer », la forteresse. Il désigne
une petite agglomération. A la même époque, un prénom
féminin fait un véritable succès : Audierne (primitivement
Hodierna). En l’an 1050, la première abbesse de Locmaria
porte le nom d’ Hodiern.
« Kaer Hodiern » apparaît par écrit à
Esquibien en 1294. Désormais le « Treff an Goezien »
du VII è siècle affronte la nouvelle appellation «
Audierne ».
C’est là le signe d’une certaine mésentente
entre agriculteurs de la paroisse mère d’Esquibien et tréviens
tenants de la vie et de l’activité portuaire.
En 1410, Dom Morice écrit "Enquête faite sur les
chartes de coutume ou d’imposition du port de Goezian que d’aucuns
appellent Odierne".
Et parmi ces derniers on relève avec surprise dans l’Atlas
du Vénitien Pétrus Vesconte ‘’Odierna’’
– 1321 - et sur une carte hollandaise de 1580 ‘’Odjern’’.
Les voyageurs étrangers semblent ignorer le terme « Goazien
».
La Révolution mettra un terme aux difficultés en 1793 en
séparant Audierne de sa mère, Esquibien, comme Tréboul
de Poullan ou bien d’autres trêves encore de leur paroisse-mère.
7e tableau
"les rouliers des mers, 14e et 15e siècles"
Au 14e siècle, c’est le triomphe de la pêche
côtière : congres, sardines, juliennes, merlans, harengs
et surtout merlus. Ceux-ci sont vendus frais au voisinage et la conservation
se fait par le salage, le séchage, et le fumage. La morue semble
apparaître seulement dans la seconde moitié du 15e. Le sel
utilisé provient maintenant des marais de Guérande et de
Bourgneuf. Il est obtenu par évaporation naturelle. Les gros cristaux
fondent moins vite, de sorte qu’il est préféré
au sel gemme continental. Autre avantage, les salines ne supportent ni
impôts ni taxes.
La navigation dans le port et ses accès est délicate
même avec le secours des pilotes locaux car les bancs de sable sont
instables. Le chenal de marée montante diffère souvent de
celui de la descendante.
« Les bateaux bretons aux flancs rebondis sont
adaptés à l’échouage bi-quotidien et n’offrent
qu’un tonnage assez faible oscillant entre 30 et 40 tonneaux (1,44
m3 ou 900 l). »
A la fin du 15e siècle, la caravelle (la « carvelle »
comme on dit alors) forme moderne de la nef, équipe la flotte commerciale
et la flottille de pêche. Jaugeant de 40 à 100 tonneaux elle
embarque de 15 à 30 hommes d’équipage.
Les capitaux des armateurs proviennent de la proche
région.
Au 14e siècle, les bateaux ne s’aventurent
pas au-delà des Pays-Bas au Nord, et de la Galice au Sud (SK T
II)A l’aller, le sel occupe la majeure partie des cargaisons (64
% en 1430), tandis qu’au retour arrivent textiles et céréales,
et surtout le vin.

Le corps de garde,
Pointe du Souc'h à Plouhinec.
@d 2004
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Dès le début
du 15e siècle, les destinations sont plus lointaines : à
l’export toujours le sel, le vin de Bordeaux, les toiles,
les céréales, et au retour vins, résines, fer
de Bilbao, fruits, draps d’ Angleterre, vieux métaux,
meubles, chandelles !
Les nations voisines affrètent les navires bretons pour assurer
leurs propres transports. Un quasi- monopole breton commence : on
relève à Arnemuiden aux Pays-Bas, en 1499 80 % de
navires bretons (180 unités) et en 1521 ceux-ci (426 bateaux)
représentent 74 % des entrées.
« De La Rochelle à Madère, à l’Andalousie,
en Méditerranée, les marins de Penmarc’h, d’Audierne
et en général des ports de Cornouaille sont les plus
nombreux ». On peut mesurer ici à quel degré
les milieuxmaritimes bretons ont contribué au développement
économique de l’Europe occidentale tout en assurant
l’enrichissement de leur propre région : on les nommait
alors « les rouliers des mers ».
Avant de quitter le 15e siècle, il faut citer un fait passé
inaperçu, bien que peut-être décisif : l’an
1484, le roi d’une grande nation maritime engage comme amiral
de sa flotte militaro-commerciale un corsaire que le roi de France
a banni pour avoir ravagé la ville de Bristol. Il s’agit
de Jean de Coatanlem, engagé par Jean II du Portugal. Noter
que 1484 n’est pas loin de 1492, et que Colomb réside
alors à Lisbonne… |
8e tableau
Le premier trafic maritime triangulaire
En 1533/34, à Arnemuiden, avant-port d’Anvers,
on dénombre toujours 815 navires bretons sur 995 entrées,
soit 81 % ! Prédominance écrasante confirmée !
Comme pour justifier ces lignes, une dalle funéraire a été
retrouvée en 1969 à l’ Hôtel de Ville de Sluys
avant-port de Bruges, puis offerte au musée de Rennes. Elle porte
cette inscription :
ICI repose IVO QUERLOUC’H
BRITO DE HODIERNA
DEO GRATIAS MORT EN 1532
« Lorsqu ‘en 1497 John Cabot revient du
Canada, rapportant qu’à Terre-neuve la mer fourmille de morues
qu’on peut prendre au filet, ou même simplement dans des paniers
lestés d’une pierre, une véritable fièvre s’empare
du littoral entre 1510 et 1540 : rapidement 50 à 60 ports arment
pour Terre-neuve dont les premiers et les plus nombreux sont les ports
bretons.
En 1536, on note 90 bateaux à Audierne et 1400 marins dans le Cap-Sizun.
Tandis que Skol Vreizh relève entre autres sur la carte de Terre-neuve,
Grouais, Bréhat, Cap-Breton, il nous semble préférable
de noter l’île d’Audierne, la baie des Trépassés
et la Pointe du Raz. Chauvinisme bien excusable !
Il apparaît donc que, assez tôt, pour baptiser ces lieux nouveaux,
des Capistes se sont rendus à Terre-Neuve. Peu de vestiges hors
les pierres tombales illisibles d’un cimetière.
Il y a mieux fort heureusement : en 1662, l’ Amirauté de
Saint Malo tente de discipliner l’occupation temporaire de ‘’l’île
d’Audierne’’ : « Le havre d’Audierne et
ses gallags pourra contenir 100 bateaux…etc… »
Très vite, l’idée de génie
des Bretons sera de combiner cette nouvelle ressource avec la desserte
habituelle des côtes occidentales d’Europe.
Partie d’Audierne ou des ports voisins en février, une caravelle
armée d’une vingtaine d’hommes, chargée de sel,
de bois de feu, pont encombré d’annexes (genre doris), cingle
vers Terre-Neuve. Elle est suivie d’un transporteur de personnel,
la sacque, portant 100 hommes qui seront débarqués sur l’île.
Là ils remettent en état le matériel de fumage, les
caques (tonnelets de 33 X 33 cm), les bâtiments à terre.
A bord de la caravelle on pêche et l’on sale. Pêche
terminée, la caravelle charge les tonnelets pleins et la sacque
ramène le personnel à Audierne.
La caravelle elle-même fait route vers la Méditerranée,
où en dépit des brigands barbaresques, on procède
à lavente du poisson sur les deux rives, tant pour le carême
que pour le ramadan. Les cales vides sont à nouveau remplies de
produits locaux : alun de Civita Vecchia, utilisé partout pour
le mordançage des tissus, marbre de Carrare, tissus précieux,
fruits d’ Andalousie, vins du Portugal, etc…
Une fois les cales pleines, on double la Bretagne filant vers les ports
de la Manche, de la Mer du Nord et de la Baltique où l’on
revend les produits de la Méditerranée. Point terminal :
Riga. Là on charge du bois d’œuvre et l’argent
amassé est déposé dans une banque hollandaise qui
le rapatrie par voie de terre en toute sécurité. Un mois
pour le radoub, et c’est parti pour un nouveau tour ! Qui dit mieux
?
Le voyage dure 11 mois. L’opération rapporte 100 F pour 1
F de mise ! Du moins ce premier commerce triangulaire-ci n’avait
lui rien de scandaleux ni de déshonorant…
L’enrichissement de la région du Cap est
patent : une grande partie des monuments, églises, maisons de maîtresde
barque, des armateurs, des négociants date de cette période
que nous venons d’évoquer : « Il se voit à présent,
dit un mémoire de 1638, que le dit bourg de Treffgoazien, à
présent dit Audierne, est rendu l’un des bons bourgs et havres
de la province, et y est bâti nombre de belles maisons, les unes
au fief de Lézurec, les autres au fief de Kermabon, autres au fief
de Lestialla et du Ménez, en sorte que chacun a fait du fief à
sa façon. » Ces fiefs s’alignent le long des falaises
d’Audierne, et chacun dispose de son propre bout de quai.
Hélas ! Le même sort qui frappe aujourd’hui nos pêcheurs
va frapper les caravelles. Les Hollandais construisent en série
un bateau plus important, le flibot, de 200 à 300 tonneaux, qui
rentabilise encore davantage le trafic de Terre-Neuve. Il faut aux bretons
revenir à une activité à laquelle ils sont bien adaptés
: le cabotage avec échouage, ou bien se résoudre à
ne fréquenter que les ports en eau profonde que sont Saint Malo
et Nantes.
On voit comment, parti de rien, le port s’est
développé pour atteindre en quelques siècles son
plus grand développement, et cela par la volonté et la participation
de l’ensemble des Capistes, l’esprit d’initiative et
d’invention de tout, le courage ! Extraordinaire : c’est la
communauté avant l’heure ! C’est aussi l’époque
où la Bretagne aide puissamment chaque année le Roi de France
à renflouer ses finances ! On devine dans ces circonstances un
des motifs –et non le moindre- du fastueux mariage d’Anne...
Amédée GUIARD
Pour en savoir plus :
Documents : Archives de la Marine et du Finistère.
« Le Finistère de la préhistoire
à nos jours » Ed. Bordessoules.
« Histoire de Bretagne » d’Ouest-France
et de Skol Vreizh.
« Histoire économique de l’Etat
de Bretagne ».
Conférence de R. Le Prohon sur l’âge
d’or de la Bretagne à l’UTL de Douarnenez le
20/2/86.
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Texte de : Amédée GUIARD
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