L'Histoire d'Audiernepar Amédée GUIARD |
Comme notre capitale, Audierne ne s’est pas fait en un jour. L’évocation historique de l’évolution du port du Cap-Sizun à travers les âges nécessiterait à coup sûr un ouvrage conséquent, mais nous nous limiterons ici à quelques pages. Laissez vagabonder votre imagination car elle est ici indispensable ! Depuis notre aïeul contemporain de « l’homo Menez-Dreganus », surveillant depuis l’entrée de sa grotte l’éléphant et le rhinocéros sur la plaine aujourd’hui recouverte par la baie d’Audierne, jusqu'au négociant-armateur qui fit la fortune de notre port de l’ère moderne, que de chemin parcouru ! Sous la plume alerte d’Amédée GUIARD, voici défiler en un flash-back saisissant les milliers de générations de Capistes qui nous ont précédés. Paul CORNEC |
PETIT HISTORIQUE DU PORT D’AUDIERNE |
En l’état actuel de nos connaissances,
c’est sans doute faire preuve de beaucoup d’optimisme que
d’espérer retracer en quelques lignes un historique, même
abrégé, de notre port d’Audierne. Nous nous proposons
pourtant de présenter ici le déroulement chronologique de
son évolution, à la lumière de faits historiques
définitivement acquis, sous la forme d’une succession de
brefs tableaux. |
L'entrée du port d'Audierne La rivière "Le Goyen" |
1er tableau |
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Le site de Ménez Dregan à Plouhinec. @d 2004 |
Il faut tout d’abord mettre en exergue les
fouilles de la grotte de Menez-Dregan en Plouhinec,
qu’un effondrement de la voûte a miraculeusement préservée
des visiteurs et de l’érosion marine. La découverte de silex dans les forages pétrolifères opérés sur le talus continental permet de situer à cinquante kilomètres environ au Sud l’origine des pierres et des éclats de silex trouvés dans la grotte : les chasseurs qui y vivaient parcouraient donc la vallée exondée du Goyen pour se rendre sur ce rivage lointain, afin d’y récolter les rognons de silex dont ils tiraient armes et outils, flèches et grattoirs. Occupée dès 460000 ans AC –les dernières datations en font foi- cette grotte, par sa localisation, permet d’imaginer qu’en ces temps reculés notre port n’existe pas encore, sinon sous la forme d’une flaque d’eau traversée par un ruisseau, au pied de falaises abruptes de 50 mètres, ruisseau qui rejoint la mer quelques cinquante kilomètres plus au Sud. Le climat oscille alors entre celui de la toundra et celui de la steppe, favorisant seulement les activités liées à la chasse. C’est à peu de chose près le climat que nous connaissons actuellement. |
2e tableau |
Entre 14 000 et 11 000 ans AC, la fonte des glaciers
est extrêmement rapide et le niveau de la mer remonte de 100 m (Encycl.
Univers. T 15/130). Les conditions sont désormais réunies
pour que le port puisse exister. |
3e tableau |
Entre 4000 et 1800, le paysage se hérisse
de menhirs et de daolmen. A Audierne, le quartier du Roz Kriben tout particulièrement,
comme le site de la Torche en Plomeur, ou encore celui de Barnenez en
Plouézoch, est occupé par un grand tumulus que Le Chatelier
a visité vers 1890 : 5 grands daolmens recouverts de pierre et
de terre occupent le plateau. Hélas – mais aussi heureusement
- il n’en reste pour seule trace qu’un rapport manuscrit assorti
d’un plan. On peut également découvrir alentour de
nombreux mégalithes : Pors Poulhan ou Goulien par exemple. La présence d’hommes assez nombreux pour déplacer ces lourdes pierres est ainsi attestée. Dès lors, on peut donc supposer une activité de pêche, en particulier celle des coquillages. Les poissons de l’estuaire étaient capturés au moyen de « gords », sortes de pièges constitués de pieux plantés dans le lit du fleuve. Une activité ‘’maritime’’ apparaît alors (revue Pen Ar Bed) : des rochers assez élevés du rivage, sans dépasser le niveau moyen des marées, sont creusés d’une petite cupule à leur sommet. L’eau de mer qui y reste s’évapore au soleil et le sel qui s’y dépose est chaque jour recueilli. Mais on ne peut encore parler de port réellement structuré. |
Le dolmen de Menez Korriged en Plouhinec. @d 2004 |
5e tableau De l’époque romaine et gallo-romaine,
de nombreux vestiges ont été exhumés dans le Cap-
Sizun, en particulier à Kervenennec en Pont–Croix, à
Sougainsou au bord du Goyen et à Saint Jean sur l’autre rive,
un dispositif quiparaît bien avoir été pensé
:
- Tout d’abord une villa luxueuse à Kervenennec : piscine, vide-ordures, chauffage par le sol et les murs (hypocauste), plafond peint bleu-ciel, semé de coquilles de tellines et vernis. De là, le chef romain pouvait apercevoir la rivière, le chenal et la rade. - Puis en bas, sur la butte de Sougainsou, un point d’appui défensif formé de trois rangs de tranchées protégées de talus et de fossés, encore repérables aujourd’hui. - Enfin, juste en face, dissimulé derrière un coude de la rivière, le village de Saint Jean. Le passage d’une rive à l’autre se faisait sur un radier de pierres plates –les « truc »- car à l’époque le niveau de l’eau s’établissait quelques huit mètres plus bas. Ceci signifie que notre port, qui existait sûrement, ne faisait tout au plus que la moitié de sa contenance actuelle. A noter également à Trouguer, à la Pointe du Van, une villa romaine, la plus grande dit-on de tout l’Ouest, incendiée au XIII è siècle. En dehors des soubassements des murs il ne subsiste aucun vestige (Archives de Rennes). Comme aux époques antérieures, nos ancêtres vivaient alors, sans aucun doute, de cultures, de chasse et de pêche : dans le dépotoir de la villa de Kervenennec, on a relevé 10 kg de coquilles d’huîtres, sans compter le reste… De cette époque, deux vestiges particuliers sont
à noter, bien qu’ils ne soient pas directement situés
sur le port d’Audierne : dans la falaise qui borde la plage des
Trépassés en son extrémité nord, on peut toujours
remarquer le mur de petit appareil d’une cuve à garum. On
peut en voir de semblables en bas des Plomarc’h à Douarnenez.
Là, 29 cuves ont révélé leur secret : des
arêtes de petites sardines de 4 cm et du sel. En quelques semaines
on puisait ici une mixture analogue au Nuoc-Mam que l’on suppose
avoir servi à la consommation des légions de César. 6e tableau Au Haut Moyen-age débarquent les Bretons d’
Angleterre : en témoignent encore les « plou » et les
« tre » si nombreux de nos toponymes actuels. 7e tableau "les rouliers des mers, 14e et 15e siècles" Au 14e siècle, c’est le triomphe de la pêche côtière : congres, sardines, juliennes, merlans, harengs et surtout merlus. Ceux-ci sont vendus frais au voisinage et la conservation se fait par le salage, le séchage, et le fumage. La morue semble apparaître seulement dans la seconde moitié du 15e. Le sel utilisé provient maintenant des marais de Guérande et de Bourgneuf. Il est obtenu par évaporation naturelle. Les gros cristaux fondent moins vite, de sorte qu’il est préféré au sel gemme continental. Autre avantage, les salines ne supportent ni impôts ni taxes. La navigation dans le port et ses accès est délicate même avec le secours des pilotes locaux car les bancs de sable sont instables. Le chenal de marée montante diffère souvent de celui de la descendante. « Les bateaux bretons aux flancs rebondis sont
adaptés à l’échouage bi-quotidien et n’offrent
qu’un tonnage assez faible oscillant entre 30 et 40 tonneaux (1,44
m3 ou 900 l). » Les capitaux des armateurs proviennent de la proche région. Au 14e siècle, les bateaux ne s’aventurent pas au-delà des Pays-Bas au Nord, et de la Galice au Sud (SK T II)A l’aller, le sel occupe la majeure partie des cargaisons (64 % en 1430), tandis qu’au retour arrivent textiles et céréales, et surtout le vin.
8e tableau Le premier trafic maritime triangulaire En 1533/34, à Arnemuiden, avant-port d’Anvers,
on dénombre toujours 815 navires bretons sur 995 entrées,
soit 81 % ! Prédominance écrasante confirmée ! ICI repose IVO QUERLOUC’H « Lorsqu ‘en 1497 John Cabot revient du
Canada, rapportant qu’à Terre-neuve la mer fourmille de morues
qu’on peut prendre au filet, ou même simplement dans des paniers
lestés d’une pierre, une véritable fièvre s’empare
du littoral entre 1510 et 1540 : rapidement 50 à 60 ports arment
pour Terre-neuve dont les premiers et les plus nombreux sont les ports
bretons. Très vite, l’idée de génie
des Bretons sera de combiner cette nouvelle ressource avec la desserte
habituelle des côtes occidentales d’Europe. L’enrichissement de la région du Cap est
patent : une grande partie des monuments, églises, maisons de maîtresde
barque, des armateurs, des négociants date de cette période
que nous venons d’évoquer : « Il se voit à présent,
dit un mémoire de 1638, que le dit bourg de Treffgoazien, à
présent dit Audierne, est rendu l’un des bons bourgs et havres
de la province, et y est bâti nombre de belles maisons, les unes
au fief de Lézurec, les autres au fief de Kermabon, autres au fief
de Lestialla et du Ménez, en sorte que chacun a fait du fief à
sa façon. » Ces fiefs s’alignent le long des falaises
d’Audierne, et chacun dispose de son propre bout de quai. On voit comment, parti de rien, le port s’est développé pour atteindre en quelques siècles son plus grand développement, et cela par la volonté et la participation de l’ensemble des Capistes, l’esprit d’initiative et d’invention de tout, le courage ! Extraordinaire : c’est la communauté avant l’heure ! C’est aussi l’époque où la Bretagne aide puissamment chaque année le Roi de France à renflouer ses finances ! On devine dans ces circonstances un des motifs –et non le moindre- du fastueux mariage d’Anne... Amédée GUIARD
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